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L’IRAN : PARTIE 2

Dans cette deuxième partie sur l’Iran  :

Politique et religion  –  Histoire perse  –    Mode de voyage  –  Kurdistan comme un nouveau pays –      Fin de l’histoire    –   Pour se mettre à la page

Politique et religion

Cela en fera bondir plus d’un de voir que mon paragraphe sur la politique n’est pas séparé de la religion, mais l’Iran est loin d’être un pays laïc, la religion et l’Etat sont étroitement liés.

En Iran, sur le plan politique, il y a deux figures importantes : le guide de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei et le président modéré de la république islamiste d’Iran  Hassan Rohani. Ce dernier a été élu en juin 2013 en promettant d’assouplir la politique iranienne, tant dans sa relation avec l’Occident que sur le plan des libertés individuelles. Cependant, le président modéré a des difficultés à respecter ses engagements, à cause des courants conservateurs dominant toujours le Parlement, la justice et les organes sécuritaires. Ainsi celui qui détient toujours le pouvoir est bien le guide spirituel Khamenei : c’est celui qui guide la nation, dit comment se comporter suivant les préceptes du Coran. Cet homme a son portrait partout en Iran, accompagné de son ancien homologue Khomeini  qui avait pris le pouvoir lors de la révolution de 79.

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Il nous a été difficile de comprendre la politique en Iran, et surtout les changements drastiques que le pays a subi ces 40 dernières années. D’ailleurs c’est cette révolution de 79 et le renversement du Shah qui  vient tout bousculer. Beaucoup de personnes regrettent la période Shah alors que sur le moment ils souhaitaient le voir tomber. Il semblerait que les iraniens en 79, soutenus par les élites iraniennes extérieures à tendance communiste, ou du moins anti-américaines, aient souhaité un régime moins autoritaire, car déjà à l’époque on enfermait et torturait les opposants. Les partis beaucoup plus conservateurs dont celui de Khomeini ont profité du moment de flottement et de l’influence de l’islam dans la population iranienne pour reprendre le pouvoir et imposer un régime encore plus autoritaire, religieux et fermé sur le plan international. Les libertés individuelles ont été réduites et l’opposition enfermée. C’est quelques mois après la révolution que le port du voile a été imposé aux femmes. Cela nous a rappelé l’histoire des « printemps arabes ». Ainsi les iraniens se sont vu imposer de nouvelles règles, sans réussir à les repousser, et l’économie alors florissante, promettant un bel avenir à l’Iran, est plongée en récession. D’autant plus que deux ans après la révolution, la guerre avec l’Irak, fomentée par les américains, qui a duré 6 ans, a affaibli le pays et permis au pouvoir de Khomeini de s’installer et devenir fort !

Pour plus de précisions voici des archives INA : http://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/iran-du-shah-a-khomeiny/

Sur le plan religieux, l’Iran est un pays à majorité chiite. Voici une explication concernant le chiisme empruntée au site

Iran : Au cœur de la cérémonie chiite de l’Achoura

  Le chiisme naît d’un conflit politique de succession à partir de la mort du prophète Mohammed en 632.

De 610 et à 632, Mohammed est parvenu à fédérer une communauté d’hommes et de femmes, tous unis autour d’une même foi : celle de l’islam et de son Dieu unique. A la mort du prophète, la toute jeune communauté musulmane se retrouve orpheline. Deux questions se posent alors à elle : peut-elle survivre à la mort de son fondateur ? Et si oui, qui devrait succéder à Mohammed à la tête de la communauté ?

La désignation d’un calife comme successeur du prophète se présente donc comme une urgence, une condition de survie pour la communauté religieuse et politique musulmane. Bien que Mohammed soit parvenu à unifier différentes tribus arabes autour d’une foi commune, les points de désaccords et de conflits demeurent nombreux au sein de la communauté. (…) Trois groupes principaux peuvent légitimement prétendre à la succession :

– Les habitants de Médine (les ansârs), qui ont été des aides incontestables pour Mohammed dans l’affirmation de la communauté musulmane à Médine dès 622 (…).

– Le groupe des premiers convertis mecquois, fidèles de la première heure et appartenant à la même tribu de Qorayche que Mohammed (les mûhajirûns).

– Ali, cousin en ligne paternel et gendre de Mohammed. Tous deux appartiennent à la même tribu de Qorayche et à la même maison (Bani Hashim).

Le chiisme repose sur un paradigme selon lequel le chef de la communauté musulmane ne peut être qu’un descendant de Mohammed. (…) Ainsi, pour ces derniers, Ali est le seul et véritable chef spirituel et politique de la communauté musulmane à partir de la mort du prophète et jusqu’à son propre décès en 661.

Aujourd’hui, les chiites représentent 12 à 15 % de la population musulmane mondiale. Ils sont majoritaires non seulement en Iran, mais aussi à Bahreïn, en Irak et en Azerbaïdjan. De fortes minorités chiites se trouvent aussi en Afghanistan, au Koweït, au Pakistan, en Inde et en Arabie Saoudite. La plupart des chiites sont aujourd’hui des chiites duodécimains, c’est à dire qu’ils font remonter la lignée de leurs chefs religieux (les Imams) à partir d’Ali et jusqu’au douzième Imam, mort en 874. Ils croient en la légitimité et en l’infaillibilité de ces douze Imams descendants du prophète et que le dernier d’entre eux, Al-Mahdi appelé aussi “Imam caché”- disparu en 874- doit réapparaître pour établir la justice et marquer la fin du monde.

Dans l’islam chiite, l’Imam est le chef religieux et politique de la communauté qui succède au prophète après sa mort. Mis à part la révélation divine, l’Imam détient toutes les caractéristiques et prérogatives du prophète, il est un prolongement de celui-ci. L’Imam est désigné par Dieu et par son prédécesseur et détient une connaissance parfaite de l’Écriture sainte. Il est donc gardien et interprète de la loi coranique- le coran et la sunna ne pouvant prévoir tous les cas particuliers. Ali est le seul des douze prophètes auquel Mohammed a enseigné le sens caché du Coran. L’imam est également le médiateur entre les hommes et Dieu, il est facteur d’unité dans la communauté .

L’assassinat d’Ali en 661 et le massacre de son fils Hussein en 680 peuvent être considérés comme les deux événements fondateurs du chiisme et de son caractère unique. On ne peut comprendre la cérémonie de l’Achoura si l’on ne saisit pas l’importance et l’omniprésence de la figure du martyre, de la souffrance et de la justice bafouée dans le chiisme. C’est pourquoi chaque année, les chiites du monde entier célèbrent la cérémonie d’Achoura durant laquelle est commémorée la mort d’Hussein, petit-fils du prophète Mohammed, il y a plus de 1000 ans en Irak. Durant les dix premiers jours du mois de Muharram (premier mois du calendrier musulman), différents rituels de deuil et de repentance collective sont pratiqués. »

C’est parce que ces cérémonies commémorent le deuil et la souffrance du martyr qu’il n’est pas possible d’exprimer sa joie, notamment à travers la danse et le chant. De nombreux soirs dans la semaine, s’organise un défilé qu’ils appellent le carnaval, où les hommes jouent du tambour et chantent un air triste et répétitif, se tapant les épaules avec des chaines ou se tapant la poitrine avec la main, et certains pleurant. Ils portent aussi une grande construction de bois, dans laquelle l’Imam Hussein aurait été tué. Dans la rue durant les deux mois saints il y a des stands avec du thé offert, parfois même des repas gratuits sont organisés à la mosquée.

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Histoire perse

L’histoire perse est plus qu’intéressante et c’est mon ami Nathan, historien à ses heures, qui vous en parlera mieux que moi, à travers l’article de son blog :

Avant de commencer, précisons que la plupart des informations ici ont été tirées de Wikipédia. Si le sujet vous intéresse et que vous voulez creuser la question, vous êtes donc invités à aller farfouiller abondamment, en commençant par ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Iran#Histoire

Nous allons sauter la Préhistoire et les premières civilisations (Jiroft, les Elamites, les Mèdes), dont nous n’avons pas vraiment entendu parler, pour aller directement nous intéresser aux Achéménides, qui fondent le premier empire Perse. Du sixième au quatrième siècle avant Jésus-Christ, ils règnent en maîtres sur la plus grande partie du Moyen-Orient. Nous en voyons les premières traces réelles à Hamedan, dans le Kurdistan, avec les textes gravés dans la roche par Darius Ier et Xerxès Ier, puis à Persépolis, l’un des sites archéologiques les plus importants du pays. Construit par le roi Darius Ier et ses successeurs, ce lieu de culte qui porte d’innombrables gravures et sculptures illustre bien la grandeur de cet Empire Perse, tant du point de vue religieux que du point de vue géopolitique. Ce qui frappe, c’est de savoir que ce site impressionnant a été construit sans recours à l’esclavage, conformément à l’éthique Zoroastre et contrairement à beaucoup d’autres sites antiques, comme l’Acropole à Athènes ou les pyramides égyptiennes.

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Nous ne pouvons évidemment pas parler d’Empire Perse ni d’Iran, sans parler de Zoroastrisme. Cette religion, fondée par le mythique Zarathoustra, oriente le vieux Mazdéisme vers un monothéisme animiste, qui met au centre le dieu Ahûra Mazda entouré d’entités mineures liées aux éléments. Le Zoroastrisme est la religion qui domine en Perse jusqu’à la conquête musulmane. Nous l’avons tout particulièrement découvert à Yazd, où se trouve une grande partie des Zoroastres de l’Iran actuel, ainsi qu’un site religieux très particulier.

Les Tours du Silence sont les lieux où les Zoroastres déposent traditionnellement leurs morts (bien que cette pratique soit interdite en Iran depuis plusieurs décennies). Leur religion sacralise le feu (dans chaque temple, comme celui que nous avons entraperçu à Yazd, un feu est entretenu éternellement), il est donc impossible de contaminer cet élément divin avec un cadavre qui porte en lui le mal de la mort (précisons que c’est une religion très manichéenne). Il est également impossible de contaminer la terre dans laquelle pousse notre nourriture. Ne reste plus qu’une solution : étaler les corps dans les tours du silence, structures circulaires ouvertes au quatre vents au sommet d’une colline, pour qu’ils soient séchés par le soleil et dévorés par les oiseaux.

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Au-delà de cette pratique qui peut en choquer certains (mais n’est pour moi pas pire que de se faire manger par des vers), et d’autres aspects que je ne développerai pas ici, le Zoroastrisme repose sur un ensemble de valeurs, qui m’ont paru intéressantes à partager car certaines se distinguent fortement de celles des autres religions :

  • L’égalité homme-femme.

  • Le caractère sacré de l’eau, la terre, l’air et surtout le feu, qui a besoin des concours divin et humain pour exister.

  • L’interdiction de l’esclavage et de l’oppression, et la nécessité de se soulever pour les contrer.

  • L’importance de la récolte et du travail personnel pour subvenir à ses besoins.

  • La non-sacralisation des lieux (surtout les lieux de culte).

  • L’interdiction du sacrifice animal.

  • L’importance de choisir, parmi les deux côtés, bien et mal, qui composent chaque être humain… de choisir le bien évidemment. Je vous avais dit que c’était très manichéen !

Cette éthique, nous en voyons une trace dans l’histoire du Cylindre de Cyrus. Sur cet objet retrouvé dans sur le site de Babylone en Iraq actuel, est gravé un texte en akkadien cunéiforme qui, en plus de souligner la toute puissance divine du roi Cyrus II, grand libérateur de Babylone, raconte comment ce dernier est entré dans la cité avec des valeurs de paix et proclame la liberté de culte dans tout l’Empire Perse.

Encore une fois, allez sur Wikipédia ! Je signale que l’article sur le Zoroastrisme est non-conforme aux critères de l’encyclopédie en ligne. Il reste intéressant, mais à prendre avec du recul. Celui sur le Cylindre de Cyrus vous apportera également des précisions utiles.

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Mais poursuivons l’Histoire. En 330 av. JC., Alexandre le Grand vainc le roi Darius III et conquiert la Perse. Il y établit la dynastie des Séleucides, qui laisse la place à l’empire Parthe puis au deuxième empire Perse, les Sassanides, qui règneront pendant plus de quatre siècles. C’est un véritable âge d’or sur tous les plans : un système socio-politique complexe et une administration forte pour tenir un territoire très étendu, un Zoroastrisme officialisé, fermé et poussé à l’extrême, un commerce florissant avec le contrôle de la route de la soie entre l’Europe, l’Empire Byzantin et la Chine, une production artistique riche et abondante, influencée par les empires voisins, et les influençant en retour.

Et ça dure jusqu’en 651 après J.C., lorsque les musulmans conquièrent la Perse. S’ensuit une interminable succession de dynasties dont je n’ai pas retenu les noms, entrecoupée d’invasions mongoles, et rythmée par les luttes de pouvoir et débats religieux qui conduisent la Perse à se tourner vers le Chiisme. Le pays connaît néanmoins des périodes prospères, marquées par une richesse architecturale et technique que nous avons pu observer tout au long de notre voyage.

Ainsi, les villes de Meybod et Yazd montrent une ingéniosité merveilleuse dans la manière de faire face aux rigueurs du désert : les bâtiments tout en terre abrîtent des rues étroites et parfois couvertes qui ménagent un maximum d’ombre pendant la journée, les mystérieuses « tours du vent », véritables systèmes de climatisation sans électricité, sont dispersées un peu partout, et des qanats dévoilent leurs escaliers qui s’enfoncent dans les entrailles de la Terre jusqu’aux précieuses réserves d’eau souterraines. Mais la structure la plus incroyable que nous avons pu voir est certainement celle des « Maisons de glace », véritable génie architectural en forme de dôme, dont l’architecture est pensée dans les moindres détails pour conserver pendant toute l’année la glace, fabriquée en hiver dans de grands bassins carrés. Ce savoir faire incroyable, sans autre source d’énergie que les éléments naturels, est certainement l’une des choses qui m’ont le plus impressionné en Iran.

 

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Autre signe de la prospérité de cette époque : les bazaars et caravansérails, immenses, que nous avons pu explorer à loisir dans presque toutes les grandes villes. La situation avantageuse de la Perse, au milieu de la Route de la Soie, conduisait chaque cité à se munir d’un lieu pour accueillir les caravanes de dromadaires et le commerce florissant qui les accompagnait. C’est ainsi que sont apparues ces édifices immenses aux allées couvertes richement décorées, dans lesquels il est facile de se perdre pour un voyageur non averti !

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Mais qui dit richesse dit… convoitise, conflit, guerre. Les habitants ont donc dû imaginer des moyens pour protéger ces richesses. Ainsi, le château en terre que nous avons visité près de Yazd était destiné à protéger les récoltes en cas d’invasion. Fortifié, construit sur quatre étages, c’est un véritable labyrinthe de couloirs sur lesquels s’ouvrent des loges pour stocker les réserves, et des habitations pour leurs protecteurs. L’occasion d’une superbe visite en compagnie de Mehran, le fils de notre hôte Bijan, et de sa compagne Shakiba.

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Merci à Nathan pour ces explications, voici l’adresse de son blog où il raconte notre voyage de manière très différente et complémentaire : blog de Nathan

Mode de voyage

Comment voyager en Iran ? C’est la grande question que nous nous sommes posés avant d’y entrer. D’abord parce que nous n’avions à la base qu’un visa pour un mois et aussi car l’Iran est hyper grand et que nous voulions en voir le plus possible…

Nous avons donc commencé par du vélo-stop, c’est-à-dire alterner le vélo et le stop, ce qui marche très bien en Iran malgré tout notre équipement.

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A Esfahan, nous avons pris la plus importante décision de cette dernière année : lâcher les vélos ! De manière pratique ce fut très facile, le mien est allé à un jeune réfugié afghan, mais sur le plan psychologique il a fallu passer le cap !! Pas évident de se séparer de son compagnon de voyage après 13 mois d’aventure, mais en voyage comme dans la vie il faut savoir s’adapter et changer les habitudes, malgré les réticences et les peurs !

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Nous avons continué en stop… Nous avons pris une fois le train et une fois le bus pour nous « reposer » du stop qui n’est pas une mince affaire en Iran… Il est très facile que les personnes s’arrêtent, mais il est beaucoup plus difficile d’expliquer le concept du stop qui est encore très peu connu en Iran. D’ailleurs tout le monde vous découragera de le faire en vous disant « personne ne vous prendra sans argent » mais ce n’est pas vrai. (aparté : Parfois, il est important de ne pas écouter les locaux, et cela vaut dans tous les pays, car beaucoup vous diront « oh non n’allez pas dormir au milieu des champs, c’est dangereux » « ne vous promenez pas seuls dans cette montagne il y a des serpents » ou « ne faites pas confiance aux gens »… Bref ne surtout pas se baser sur les peurs des gens  car on s’en sort toujours vivants !). Pour nous faciliter la vie nous avons fait traduire à un ami iranien ce qu’était le stop et ce que nous demandions aux gens (c’est-à-dire de ne pas faire des grands détours pour nous, de ne pas nous amener dans les terminaux de bus…etc) … et cela nous a simplifié la vie et empêché les malentendus vis-à-vis de l’argent.

 Nous avons utilisé les groupes de télégramme (réseau social similaire à whatsapp) pour accueillir les étrangers. Arrivés dans une ville nous n’avions qu’à envoyer un petit message sur télégramme ou à un de nos amis iraniens, et un numéro nous était envoyé ! Nous avons aussi deux fois campé dans des parcs publics, c’est très fréquent en Iran. En réalité les iraniens préfèrent dormir dans les parcs publics, au bord des routes, qu’en pleine nature, ils disent que c’est plus sécure. Et puis à quelques reprises nous nous sommes laissé prendre au jeu du « j’irai dormir chez vous » (demander à quelqu’un dans la rue de vous héberger pour une nuit), ce qui s’est avéré être un jeu relativement amusant en Iran, et relativement facile, conclu par de belles rencontres. Exemple : un soir, débarqués à l’entrée d’une ville, dans la nuit, nous marchonsen direction du centre-ville avec nos gros sacs à dos. Une voiture, avec un couple à l’intérieur, passe et repasse plusieurs fois devant nous. Ils s’arrêtent, nous proposent dans un anglais rudimentaire de monter dans leur voiture  pour aller manger une glace. Nous acceptons. Une heure plus nous sommes dans leur maison, dans une famille très traditionnelle. Le couple qui nous a ramassé travaille pour la chaine de télé religieuse iranienne ; toutes les femmes sont voilées de la tête aux pieds avec de longues chadors ; quand Nathan se lève pour aller aux toilettes de bon matin et tombe sur une des femmes, paniquée elle court chercher son voile ! Une famille encore une fois très hospitalière et honorée d’avoir des étrangers chez eux ! Comme quoi… ils ont beau être ultras religieux, ils ne sont pas contre les occidentaux !  Ainsi le concept du « j’irai dormir chez vous » lorsque l’on voyage permet de rencontrer des gens qui ne sont pas sur les réseaux sociaux ou qui ne sont pas habitués à recevoir des étrangers. C’est donc encore une autre expérience !

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Quant au changement de mode de transport du vélo au stop, laissez-moi vous donner mon avis sur la question, en vous proposant les avantages et inconvénients de chacun !

Commençons par les inconvénients :

Les – du vélo : n’étant pas des fous de la vitesse, nous avançons lentement (moyenne 60kms par jour), ce qui peut aussi être un avantage ! Dans un pays comme l’Iran, la contrainte du visa de un mois met la pression : il faut soit accepter de ne voir qu’un petit bout de l’Iran, soit faire du vélo stop comme nous l’avons fait mais qui est plutôt fatiguant en terme de manutention. D’ailleurs voici un des défauts du vélo : la manutention. Que ce soit pour le stop ou l’accueil chez les gens, on ne voyage pas légers (surtout nous !) on prend de la place et on s’impose partout où l’on va avec nos sacoches et nos vélos ! Le climat aussi peut-être difficile à supporter en vélo que ce soit la pluie, le froid ou la chaleur. D’ailleurs nous avons plus souffert de la chaleur que de la pluie, même si il nous a fallu quelques jours sortir nos belles capes de pluie ! Enfin le dernier inconvénient c’est l’entrée et la sortie des grosses villes, ou aussi le pédalage sur des gros axes comme en Turquie ou en Iran où les 2*2 voies ne manquent pas. Il faut savoir viser les petites routes, souvent avec davantage de dénivelé, ou les pays sans voitures, comme la Georgie ou l’Arménie.

Les – du stop : avec nos sacs à dos nous pouvons transporter moins d’affaires, donc nous avons moins d’autonomie et de confort.  Nous sommes davantage perçus comme des touristes classiques, et il nous est plus dur d’accéder à la nature, à part demander à se faire déposer au milieu de nulle part. On doit davantage répondre au devoir social de parler, de bien se comporter… donc psychologiquement c’est plus fatiguant. Cette fatigue est aussi due parfois au fait que les gens ne comprennent pas la notion de stop mais comme dit plus haut un petit bout d’explication en farsi et le tour est joué !

Maintenant passons aux avantages ! D’abord ces 2 modes de transport permettent un voyage authentique : on rencontre du local tout le temps, et on voit peu de touristes !

Les ++++ du vélo : la possibilité de s’évader, rêver, méditer quand on pédale, ce vent qui libère la pensée, l’imagination et chasse les soucis. C’est aussi s’imprégner des paysages et des pays tellement nous passons de temps à les observer et à les traverser. Avec le vélo nous sortons des sentiers battus, on prend les petits chemins de cailloux qui nous amènent près des bergers, on suscite la curiosité et la surprise. On a une vraie identité de cyclo-voyageurs, qui nous colle à la peau et dont on a du mal à se séparer. Et puis le vélo pour le corps c’est bon, les jambes s’habituent d’ailleurs, et le soir on dort bien ! Enfin avec le vélo nous avons un moyen de mobilité autonome pour s’éloigner d’une route, d’une ville et trouver un super coin pour camper !

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Les +++ du stop : c’est plus rapide, c’est d’ailleurs pour ça que l’on fait notre remontée vers la Turquie comme ça ; on est plus facilement mobile quand quelqu’un veut nous prendre dans sa voiture, nous amener chez lui. On rencontre encore plus de gens qu’en vélo puisque par définition nous avons besoin des gens pour avancer ! Alors parfois la question du logement se pose et on se fait inviter à manger et à dormir !

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Un nouveau pays le Kurdistan 

Nous avons passé quelques jours dans la partie kurde de l’Iran, qui s’appelle légalement le Kurdistan. La culture est bien différente, surtout dans les villages. C’est la culture kurde : danse kurde, cuisine kurde, mentalité Kurde… Par exemple les kurdes ont été plus préservés par l’islamisation du pays que les perses.  Ainsi on sent un peu moins le poids de la religion.            La mère d’un de nos amis n’a pas eu de difficultés à prendre Nathan dans ses bras pour le saluer ! Je peux davantage parler du kurdistan turc où je suis restée une semaine avec des jeunes kurdes ! Je me sentais comme à la  maison… nous avons partagé leur appartement, fait à manger tous ensemble, bu du vin et de la bière, sorti dansé dans des supers bars. Tous les jeunes kurdes que nous avons rencontré sont des personnes très éduquées, professeur d’anglais ou autres, venant de villages très traditionnels et très rudimentaires mais qui de par leur éducation et leur volonté de faire évoluer les choses sont très responsables, respectueux, ouverts d’esprit, modernes, sensibles. Je me suis sentie très proche d’eux ! Leur langue maternelle est le kurde mais celle-ci n’est pas enseignée à l’école, aussi ils ne savent pas forcément l’écrire ni la lire. Ils n’ont pas le droit d’avoir un drapeau kurde ou de faire le signe kurde (le V avec 2 doigts). En Iran, ils nous ont dit que les kurdes ne pouvaient pas accéder aux hautes places dans les administrations. Ce sont des iraniens d’origine perse qui ont le pouvoir. En Turquie, ils sont très contrôlés par la police, il y a des barrages de police partout, et ils mettent parfois 1h à les franchir juste pour aller visiter leurs familles. Ceux qui travaillent dans le public sont suivis de très près. Si par exemple un membre de leur famille commet un acte délictueux envers le gouvernement turc, alors les autres membres de la famille travaillant dans le public peuvent voir leur poste sauter. Nous avons aussi échangé autour du PKK qui semblerait avoir connu des passages plus ou moins glorieux. Au début crée pour protéger les kurdes des gouvernements et faire valoir leur droit, ils ont aussi pu mettre la pression à la population kurde, en leur imposant des  taxes arbitraires sur leur commerce. Il est ainsi arrivé que des commerçants kurdes doivent payer des taxes au gouvernement turc mais aussi au PKK ! Enfin, lors de nos séjours au kurdistan iranien et turc il y a eu un référendum au kurdistan irakien, demandant à la population si elle souhaitait avoir une région autonome ou non. La volonté du peuple a été la création d’un état kurde, mais Bagdag a tout de suite montré son désaccord, et repris des villes de manière armée telles que Kirkouk, ville pétrolifère (40% des ressources irakiennes) aux mains des Kurdes depuis 5 ans.

Enfin il me parait plus qu’intéressant de vous parler de la situation du Rojava en Syrie. C’est en lisant la BD Kobané Calling, du dessinateur Zérocalcare, d’origine italienne, que je me suis vraiment intéressée à cette région du monde. L’auteur s’est rendu à 2 reprises au Kurdisan (iraquien, turc et syrien). Avec humour et espoir il présente le modèle démocratique et révolutionnaire du Rojava, région kurde au nord de la Syrie. Le modèle sociétal et politique que proposent les MILITANTES et militants du Rojava se base sur le confédéralisme démocratique (cf Abdullah Ocalan), à savoir une gouvernance locale, par le peuple, sans structure étatique, et sur la prise en main des secteurs politiques, militaires et économiques par les FEMMES ! Ainsi la population du Rojava s’organise en assemblées pour prendre des décisions et développer ses villages, construire sa défense. A travers sa constitution, le Rojava s’oppose au capitalisme et aux Etats Nations dominants les peuples (même en démocratie !). L’armée du Rojava (YPD) a mené des luttes armées sans merci contre l’El, reconnues par la coalition internationale, qui ont permi la défaite de l’EL en Syrie. Dans le même temps, elle doit faire face à la pression et aux attaques de l’Etat Turc, qui ne souhaite pas voir une région kurde forte se crée en Syrie. Cet ouvrage est aussi ponctué des états d’âmes de son auteur qui à travers ses voyages se confronte à la guerre, la mort et la terreur. Il se trouve dans une région où se font face la folie meurtrière des hommes et des Etats Nations et une révolution féministe, politique et sociale, qui remet au centre de son modèle politique la paix et l’écologie. L’auteur se demande souvent pour quelles raisons il prend tant de risques en enquêtant sur cette région lointaine, il répond alors : «ici je suis au centre de toutes choses : à la fin d’un paradigme et au commencement d’un autre ! ». Voici une BD que je vous recommande…

Fin de l’histoire

Je conclus cet article un mois après notre sortie d’Iran avec émotion. L’Iran a été dépaysant, authentique, riche et les gens généreux et accueillants comme jamais nous n’avions vu avant. Je recommande vivement à toute personne souhaitant un peu s’approcher du Moyen-Orient d’aller visiter ce pays pour apprendre sur la culture musulmane, l’histoire perse et toucher les réalités de l’Iran avec plus de véracité que ce que veulent bien nous raconter nos médias. Non les iraniens ne sont pas des extrémistes ilettrés et dangereux, au contraire ce sont des gens ouverts et très éduqués, plein de vie, et leur pays très sûr est un joyau historique!

Référence filmographique sur l’Iran : Taxi Téhéran et Persépolis.

Pour se mettre à la page…

Après un superbe séjour au Kurdistan turc, nos chemins se sont séparés avec Nathan. Il a continué la traversée de la Turquie en stop pendant plus de 3 semaines et il est actuellement sur l’île de Lesbos en volontariat avec des ânes! Il apprend à s’en occuper pour un futur projet de voyage… Quant à moi j’ai traversé la Turquie en 24h de bus, pris un ferry et ai atterri sur l’Île de Chios, en Grèce. Je suis depuis 3 semaines volontaire dans l’organisation Be Aware And Share (qui recherche d’ailleurs activement des volontaires pour les fêtes de Noël, pour un minimum de 4 semaines, je serai contente de voir une petite bouille connue débarquée… 🙂 ), auprès d’enfants et jeunes réfugiés de 6 à 22 ans. Une nouvelle expérience commence, avec de nouveaux apprentissages et défis, et surtout encore plein de multiculturalisme et de belles rencontres!

Je vous souhaite à tous une belle fin d’année! Et je vous dis à bientôt!

 

 

 

4 commentaires sur « L’IRAN : PARTIE 2 »

  1. Beaucoup d’entre nous qui ont eu la chance de voyager en Iran peuvent se reconnaître dans vos commentaires et observations. Que ce soit dans la rue ou dans les familles ( EN stop ou en velo) on peut rencontrer des Iraniens et Iraniennes formés, informés, ouverts, accueillants, riches et fiers de leur culture. Livres et films nombreux en France permettent d’approfondir la connaissance et la réalité du pays. Esperons que nos pays Européens n’entraveront pas cet élan d’espoir et de liberté de ce peuple dynamique. Bonne suite à vous et pour l’air frais que vous nous apportez.
    Pierre (papa d’ombeline de saint sy)

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  2. Il est chouette ton article ! 🙂
    Je dois dire que j’aime tout particulièrement la partie sur le Taarof que j’avais complètement zappé dans le mien. Et j’ai découvert avec plaisir des photos que je n’avais pas vues, puisque j’ai oublié de récupérer les tiennes. Il faudra que je le fasse un jour…
    Bref, j’espère que tu lis tes commentaires quand même ! D’ailleurs pour vérifier ça je te donne une info exclusive : je devrais arriver à City Plaza le 7 ou le 8 janvier… Sinon, tu constateras par toi même que j’ai tenu super longtemps sans le wifi 😛
    Voilà voilà, bon mois de décembre !

    Des bisous,

    Un ami qui vous veut du bien

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  3. Mille Mercis Anaïs pour avoir pris le temps de rédiger l’essentiel de ton voyage de façon si vivante, réfléchie et documentée…on voyage avec toi dans cette expérience unique et fascinante… Et maintenant, bon vent pour la suite !

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  4. Chic ! Le retour du blog que je viens de lire attentivement…
    Nous avons rejoint Mailys et Bastien cet été au Pérou et en Bolivie avec nos vélos et ceux-ci viennent de repartir en Argentine et au Chili avec Samuel (le frère de Mailys) et une copine..
    Alors, je comprends bien votre dilemme d’avoir quitté les vélos !
    Très courageuse aussi, de repartir seule, après tous ces moments à plusieurs.
    Alors profite des futures expériences au maximum !
    Chantal (maman de Mailys)

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