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L’IRAN – PARTIE 1

Vous êtes nombreux à attendre cet article à propos de l’Iran, sûrement pour comprendre un peu mieux ce pays qui intrigue, questionne, fait peur, et que nos médias ne mettent pas en valeur! Nombreux sont aussi les iraniens à nous avoir dit : « dites leur qu’on est pas des terroristes, qu’on aime les étrangers, dites leur comme on vit, on rit, on danse, on chante en Iran ».

Après 2 mois de baroudage, d’accueil, de chouchoutage, c’est un peu comme un devoir envers vous tous de décrire ce que nous avons vu et vécu en Iran.  Ce n’est pas une tâche facile car l’Iran est très complexe à comprendre, pris dans un entre-deux de modernité et de tradition. Dans ce pays se mêlent les jeunes générations criant à la liberté, à l’évasion vers l’Europe ; aux plus vieilles générations regrettant le Shah ; aux familles traditionnelles respectant les règles de la République Islamiste à la lettre ; aux différentes minorités ethniques du pays qui apportent chacune leur touche culturelle.

Ce que je vais écrire ne sera que ma propre vision et ma propre expérience des deux mois passés en Iran. Mes descriptions sont loin d’être exhaustives et surtout j’ai appris à ne pas généraliser par rapport à la vie des iraniens. Chaque famille est différente, malgré quelques traits communs… Bonne lecture!

Vu la longueur de l’article, voici un petit sommaire de la partie 1, au cas où certains d’entre vous n’auraient pas le temps de tout lire :

Itinéraire   –    Culture et société  –  Place de la femme

Itinéraire

Commençons par un peu de géographie, en vous présentant notre itinéraire. Nous sommes entrés par la frontière arménienne, en longeant la rivière Arras. L’entrée en Iran par la route qui longe le lit verdoyant de la rivière serpentante au milieu des montagnes désertiques fut spectaculaire.

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Nous avons ainsi rejoint la ville de Tabriz où nous sommes restées 10 jours dans la famille de Iraj, Nasrim et Sina, que nous considérons désormais comme notre famille iranienne. Nathan étant malade lors de l’entrée en Iran, cette famille nous a chouchouté, emmené à l’hôpital et nous a permis une accommodation tout en douceur à l’Iran. Après 10 jours de vie familiale, nous avons rejoint  Qazvin se situant dans la partie Nord-Ouest du pays.

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Après 10 jours de vie familiale, nous avons rejoint  Qazvin se situant dans la partie Nord-Ouest du pays.IMG_1427

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Ensuite nous avons roulé et auto-stoppé le long de la mer Caspienne, traversant les villes de Ramsa et Joybar, au pied des montagnes Alborz, où nous avons fait la rencontre de 5 iraniennes en week-end et de Mary, jeune mariée de 22 ans, plus qu’honorée de nous accueillir. Elle nous a même avoué être stressée!

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Nous sommes enfin arrivés à Gorgan dans le parc national du Golestan, dont les forêts nous ont rappelées celles de la France. Cette région, avec ses pics à 5000 mètres d’altitude est la plus verte d’Iran. Nous étions alors tout près de la fontière avec le Turkménistan au Nord Est. A Gorgan, nous avons pour la seconde fois visité les docteurs et labos pour Nathan, et surtout rencontré des jeunes iraniens dont Salar, un étudiant en médecine, parlant français, qui nous a pris sous son aile, et offert tout son temps et sa joie de vivre!Pendant que Nathan se reposait, j’ai été faire un camping collectif avec 20 iraniens pendant 4 jours… Découverte alors de la folie iranienne !

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Après cela, en passant rapidement par Téhéran (1 seule journée !) nous avons rejoint les villes les plus connues et touristiques du pays dans le sud ouest du pays: Esfahan, Yazd, Busher, Shiraz. Ces villes sont des petits joyaux d’histoire perse… avec surêment les plus grands sites touristiques du pays.

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Yazd, ville conservatrice, du désert, nous a donné une impression d’irréelle, avec ses ruelles construites en terre-paille, où les hommes en moto se faufilent et ses femmes en chadores noires se balladent… comme dans les films s’est on dit !

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Dans cette région nous avons aussi pu profiter de la nature pour se ressourcer en dormant 2 nuits à la belle étoile sur le lit d’une rivière magnifique…

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Depuis ces villes du sud-ouest, nous sommes même allés 3 jours jusqu’au golf persique dans la ville de Busher, en face de l’Arabie Saoudite. Même au mois d’octobre la chaleur et l’humidité nous ont assomées, mais nous en avons profité pour faire notre première baignade en Iran, tout habillée pour ma part !

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Enfin nous sommes remontés en direction du nord-ouest en direction de Sanandaj, dans le Kurdistan iranien, à une centaine de kilomètres du Kurdistan irakien, où on nous a encore emmené dans une sortie collective en montagne et appris à danser les danses kurdes !

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Puis nous avons fini, comme nous avions commencé par la ville de Tabriz, où nous attendais notre famille iranienne pour nous dire aurevoir. Nous les avions rencontré deux mois auparavant à la frontière, Nathan allongé sur un banc, sans énergie, ils nous avaient alors dit : « on va vous aider, venez chez nous ! ». A la fin de notre périple ils ont tenu à nous raccompagner à la frontière à 200 kms de chez eux. Et il n’a pas été facile de partir et de laisser partir, ni pour les uns, ni pour les autres !

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Culture et société

D’abord la première chose à savoir c’est que les iraniens sont fans des étrangers… nous avons été des stars en Iran, juste parce que nous existions ! D’ailleurs les gens dans la rue veulent constamment se prendre en photo avec nous, notamment Nathan qui a des cheveux blonds et LONGS ! Ca va nous faire drôle de retrouver notre anonymat en Europe. En deux mois nous avons dormi 5 nuits sous tente ou à la belle étoile, 0 nuit en hébergement payant… le reste du temps nous avons été hébergés dans des familles iraniennes où nous avons été chouchouté.

Je ne peux pas vous parler de l’accueil iranien, sans vous parler de  « taarof qui est une forme très subtile de communication, qui peut être décrit comme une sorte d’extrême politesse ou de courtoisie  où vous essayez de montrer votre humilité à votre interlocuteur. Les iraniens ont recours à cette forme de jeu verbal au quotidien, avec leur famille, leurs amis et avec les personnes étrangères. » (source : wikipedia). Avec Nathan, nous l’avons réellement compris après six semaines, et nous avons pu entrer dans le jeu, même si nous nous sommes fait avoir encore plusieurs fois. Les iraniens proposent tout ce qui leur est possible pour mettre à l’aise leurs invités… ça commence par du thé, de la nourriture, puis une paire de chaussure, enfin leur chambre à coucher… ils se sacrifient! Mais si l’invité a compris le principe du taarof, alors il refusera une fois, deux fois, et à la troisième il acceptera l’offre ! Il nous est arrivé certaines fois que l’on refuse notre paiement pour une course de taxi, un breakfast, un sandwich. Nous avons insisté une fois,  deux fois… mais la personne continuait à refuser. Nous avons donc accepté son cadeau… La question est : aurions-nous du continuer ce taarof ? Aurions-nous du continuer à vouloir payer? Car à la fois nous avions peur de leur faire offense si nous refusions leur cadeau, car ils argumentaient « non tu es dans mon pays, tu es mon invité, c’est comme ça ici, tu m’inviteras dans ton pays ! ». Bon vous voyez bien, nous n’avons pas encore tout bien saisi. Cependant j’ai quand même réussi plusieurs à fois à proposer par exemple à manger à des personnes qui refusaient une fois, deux fois mon offre, puis à la troisième, avec l’aide du mot « befarmayeen », finissaient par l’accepter, un exploit! Voici une vidéo en anglais mais très théâtralisée qui montre le taarof de manière humoristique.

Les iraniens sont des gens joyeux, plein de vie, aimant la compagnie des autres… Par exemple, ils organisent des sorties ou campings collectifs dans la nature. Via télégramme (équivalent de whatsapp) ils créent des groupes et se retrouvent parfois le vendredi (équivalent à notre dimanche en France) ou certaines fois pour plusieurs jours pour camper, entre gens qui ne se connaissent pas forcément. Nous avons participé à trois reprises à ce genre d’évènements. C’était à la fois de belles expériences de groupe et l’occasion de rencontrer, chanter, danser avec de  nouvelles personnes, toutes autant différentes les unes que les autres. A la fois c’était étrange pour Nathan et moi, qui aimons profiter du calme et de la sérenité de la nature, de se ballader avec 20, 40, 60 iraniens à la joie de vivre débordante! Les gros groupes, la vie collective et son inertie, ne les dérangent absolument pas. Ils aiment juste être ensemble, et s’il faut attendre des heures quelqu’un ce n’est pas grave tant que l’on est ensemble ! Ceci nous a appris la paaaatieeeence …

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Les iraniens aiment aussi chanter et danser… Malheureusement, nous avons été en Iran exactement pendant la période de Muharram et d’Achoura, qui sont deux mois de l’année saints, où les iraniens ne peuvent pas montrer des signes de joie via la danse ou la musique par exemple (plus d’explications sur cette période sainte dans la partie religion !). Mais ce n’est pas pour autant que l’on n’a pas dansé et chanté… Tous nous ont demandé (même les plus traditionnels) de leur jouer un petit air au ukulélé. Avec certains, nous avons dansé et chanté, cachés à l’intérieur des maisons et des jardins. Je vous laisse regarder ce petit montage de tous les moments musicaux et festifs que nous avons vécu en Iran… vous comprendrez davantage qu’avec des mots.

Les iraniens sont aussi des travailleurs… dès l’adolescence.  La valeur du travail est importante, sûrement lié de très près au besoin d’argent. Les iraniens aiment le shopping, vivre bien, confortablement, avec du matériel de pointe. Socialement, ils doivent aussi répondre à certaines attentes, notamment celle du mariage. Le mariage coûte très cher pour l’homme et sa famille, et il semblerait que cela décourage plus d’un homme à se marier dans la nouvelle génération. L’homme et sa famille doivent pouvoir assurer à la femme une prospérité financière, puisque celle-ci ne travaillera pas la plupart du temps. Ainsi l’homme doit acheter une maison, un terrain, ou de l’or. C’est une manière de mettre de l’argent de côté et mettre sa famille à l’abri. L’homme doit aussi payer la célébration. La femme, ou du moins sa famille, achète le mobilier pour la nouvelle maison. Le mode de vie des iraniens, en tout cas dans les moyennes et hautes classes, va bon train malgré une situation économique dans le pays difficile, et des salaires relativement bas. C’est pourquoi le travail, les études sont si importantes. Il faut bien étudier pour pouvoir gagner beaucoup d’argent, et couvrir les besoins de sa famille. Nous avons rencontré des adolescents de 15, 16 ans qui travaillent déjà énormément pour rentrer dans les meilleures universités du pays et ainsi prétendre à un bon emploi ! Cela nous a donné l’impression qu’il existe un peu comme un rêve iranien… travailler dur à l’école et au travail, pour pouvoir se marier, avoir une belle maison avec du beau mobilier, avoir des enfants dont il faudra payer les études mais aussi le mariage… etc… un peu comme chez nous, mais la différence est qu’il est difficile pour les jeunes qui souhaitent sortir de ce modèle-là d’en sortir… Par exemple nous avons rencontré beaucoup de jeunes qui veulent voyager, découvrir, expérimenter comme nous, mais la plupart du temps les attentes familiales, la pression des études, et aussi le service militaire pour les hommes (tant qu’ils n’ont pas fait 2 ans ils n’ont pas de passeport) les empêchent d’être vraiment libres de faire leur propre choix. Sans parler de la situation économique… Une jeune femme travaillant dans une agence de voyage 45h/semaine gagne 110e/ mois, de quoi se faire un peu d’argent de poche !

Place de la femme

Maintenant entamons la partie la plus difficile… la place de la femme en Iran, et le rapport homme/femme.

Pour commencer, cela dépend énormément de la présence de la religion dans la famille. Si la religion est omniprésente alors le rapport homme/femme sera plus distant, par exemple on ne sert pas la main du sexe opposé, ou les hommes parlent avec les hommes et les femmes avec les femmes.

Cependant la place de la femme en Iran, sa position, son statut social de femme au foyer la plupart du temps est le même dans les familles traditionnelles et les plus modernes. En fait il faut considérer qu’être femme au foyer est un travail à part entière pour les iraniens. La femme dirige à la maison et les affaires du ménage et éduque les enfants. Certains hommes nous ont avoué que souvent ce sont les femmes qui ont le pouvoir et influent sur les décisions ! Pour les femmes ce n’est pas dévalorisant de faire à manger, tenir sa maison propre et s’occuper des enfants. Au contraire il semblerait que la plupart en soient contentes, et prennent aussi le temps de continuer leur instruction (notamment en cours d’anglais). Les hommes ont leur place à l’extérieur de la maison, et doivent financièrement subvenir aux besoins de la famille. Les rôles sont très répartit et la société iranienne est très genrée. Cependant la femme manque de droits quand elle doit avoir l’accord de son mari pour travailler ; il lui est difficile de se remarier après un divorce ; elle n’a pas le droit de danser, ni de chanter seule en public; il est encore de mauvaise réputation pour une femme de faire du vélo.

A cela il faut rajouter bien sûr le fait qu’elles soient obligées de porter le voile dans l’espace public. Ce qui est drôle c’est que dès que l’on s’éloigne des villes, de la police, la plupart des femmes enlèvent leur voile, se mettent en T-shirt… ce phénomène est aussi flagrant aux frontières. Une fois sorties de l’Iran, elles se «relaxent ». Les hommes qui sont avec ces femmes se fichent aussi de cette règle qui est pour eux incompréhensible. Il faut savoir que avant la révolution, il y a 40 ans, la femme n’était pas obligée de porter le voile, et que dans les années 1910 il était même interdit de le porter !

Quant au rapport homme/femme il est très particulier. il faut savoir que l’enfant de 6 ans à 18 ans évolue dans des écoles non mixtes. Ainsi on comprend mieux pourquoi la société iranienne est peu mixte. En réalité, la plupart du temps quand  un homme et une femme sont ensemble dans la même voiture, en sortie, c’est qu’ils ont un lien de parenté ou sont mari et femme. Bien sur les jeunes, et notamment dans les villes, contournent cette règle de non mixité, et se retrouvent soit en cachette, soit en mentant sur leurs identités. C’est une certaine souffrance pour les iraniens que ne pas pouvoir être en relation avec le sexe opposé de manière libre… Ils sont sous pression sociale et parfois familiale ! Heureusement les universités sont mixtes… D’autre part, du fait de l’Islam, si ils n’ont pas un lien de parenté, un homme et une femme ne peuvent pas se toucher, et donc pas se saluer en se serrant la main. Ainsi il nous est arrivés, à Nathan comme à moi, que quelqu’un du sexe opposé refuse de nous serrer la main. Etrange situation pour nous… Mais comme pour tout le reste beaucoup d’iraniens ne respectent pas non plus cette règle et n’hésitent pas à serrer la main au sexe opposé.

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