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Une autre Europe : de l’ Albanie au Kosovo

Du dimanche 30 octobre au dimanche 20 novembre 

Traversée de l’Albanie

Le dimanche 30 octobre, nous entrons en Albanie, et traversons des paysages très ruraux. Ici, chaque foyer semble avoir ses poules, sa vache, et son récupérateur d’eau de pluie. Nous voyons alors la première mosquée… Nous voilà passées de l’orthodoxie à l’Islam en une crête de montagne. En Albanie, nous voyons aussi les premières charrettes, tirées par des chevaux, ou des mini tracteurs dont leurs marchandises fait 3 fois leur taille. Sur la place public, je vois majoritairement des hommes. Ils conduisent les voitures, les vélos, boivent des cafés, tiennent les commerces… Mais où sont les femmes? On nous regarde passer, un peu comme si nous étions des extraterrestres. Je suis de plus en plus déroutée… mais bon nombre sont encore les personnes qui nous arrêtent, nous parlent, curieux de savoir d’où nous venons, nous offrent un café. Les gens sont simples et gentils!


Depuis 1 semaine que nous roulons et dormons dans le froid de l’automne qui s’installe, nous avons hâte de nous reposer et de prendre une bonne douche chaude. Pour ma part, je sais ce que je crains le plus dorénavant : le froid! Je sens qu’il me pompe plus d’énergie… Nous décidons donc De passer 2 nuits à Skoder dans une auberge de jeunesse. Nous sommes toujours avec Ben, et en entrant dans la ville de Skoder, nous rencontrons Jamie, comme par hasard, cyclo écossais, qui cherche du coup une auberge avec nous.
Nous visitons tous les 4 le bout de ville de Skoder, je dis le bout de ville car c’est une ville touristique d’Albanie, mais très primaire. Une mosquée, une rue piétonne avec des restos et cafés, une ruine de château… Et voilà!

Nous goûtons le poisson, je me repose, enfin, dans le hamac de l’auberge aux produits locaux, et nous faisons notre premier musée communiste… Le bâtiment dans lequel il est construit est une ancienne prison communiste , où nous apprenons que l’Albanie ne faisait pas partie de la Yougoslavie mais qu’il y a quand même eu un régime communiste, jusque dans les années 90 qui a commis crimes, tortures et propagande, et qui a appauvri le pays. Nous visitons les salles de torture et d’emprisonnement, ça fait froid dans le dos, ça me rappelle le camps de concentration de Strutof.

Nous repartons de Skoder, le mardi 1er novembre, et nous troquons… Ben contre Jamie! Eh oui, Ben veux continuer le long de la côte, et nous nous devons nous enfoncer dans les terres et les montagnes pour rejoindre le Kosovo où la famille d’Osman, un ami Kosovard vivant en France, va nous accueillir. Jamie va dans la même direction, quelle chance! Aujourd’hui nous traversons de beaux payages entre lacs et montagnes à la végétation méditerranéenne… Nous sommes seuls sur la route au milieu de grands espaces, et testons nos vélos sur les routes vraiment défoncées. Voyage en Asie quelques heures!

En plus de cela, la route que nous empruntons s’arrête à Koman… Il n’y a plus de route ensuite sur 25kms, mais seulement un grand lac, encastré entre de hautes montagnes. N’ayant pas encore trouvé le moyen de traverser les eaux à vélo, nous prenons un bateau… Rempli de locaux qui se font déposer, à même les rochers, sur des chemins quasi inexistants, pour rejoindre des villages que l’on devine au loin. Pour nous c’est une aventure, pour eux c’est un quotidien! Ce bout de chemin en bateau est presque irréel pour moi… Je m’enfonce un peu plus loin dans la réalité des pays d’Europe de l’est, qui sont un mélange d’orient et d’occident.

Après la traversée en bateau nous roulons une quinzaine de kms au milieu des champs de vaches, rivières et montagnes pour atteindre le Kosovo, où nous nous faisons accueillir par les douaniers avec de grands sourires et « it’s Cold? It’s Cold? « . Oui, on a froid mais on va faire un grand feu juste en dessous de votre frontière pour justement ne pas mourir de froid!

L’entrée au Kosovo

Le lendemain nous rejoignons, avec nos belles capes de pluie, mais en passant à travers les gouttes, la ville de Prizren. Nous fêtons alors nos 2000kms autour d’un chocolat chaud. Les kilomètres s’enchaînent …et on ne s’en rend même plus compte!

Prizren est une des plus jolies villes du Kosovo, avec son quartier piéton, sa petite rivière, son quartier religieux avec mosquée , église catholique et église orthodoxe dans un rayon de 150m. On y mange pour 1euro des burrecs épinards-fromage qui remplissent, un gros steak pour 3 euros, et on y boit du chocolat chaud à la crème de chocolat… Nous l’avons élue meilleure ville du chocolat chaud!

Depuis Prizren, nous devons traverser le parc national de Malet e Sharrit et franchir son col à 1500m … Avec le froid. Lorsque nous partons de Prizren, je me dis que cette journée de pédalage va sûrement être la plus difficile du voyage puisque il fait 5°c quand nous partons et que nous devons faire 1100m de dénivelé… « Aujourd’hui ça va se jouer au mental! ». Je me concentre. Nous pédalons, en moulinant toute la journée, patiemment, et en écoutant des podcasts France inter. Les restaurants et hôtels construits au bord des routes , comme ce semblant de Maison Blanche (les Kosovard sont emplis de gratitude envers les américains et français depuis qu’ils ont bombardés les Serbes lors de la guerre de 99 – leçon d’histoire dans mon prochain article) témoignent de l’activité touristique de ce parc l’été. Je ne m’attendais pas à voir ça au Kosovo…il y a tellement de différence d’un territoire à un autre.Jamie, le cyclo écossais, lui, s’attendait à voir encore des tanks et armées partout. On en voit que des panneaux routiers. Le Kosovo est en pleine reconstruction, et j’espère seulement que les gens qui construisent ces complexes sont Kosovars et permettent à l’économie du pays de démarrer. A 15h nous atteignons le col, sans plus de fatigue que ça… Le vélo avance tout seul désormais!

En haut, fières de notre exploit, nous nous arrêtons 5 min pour acheter des pâtes et sauce tomate pour notre bivouac du soir, mais gelées en pensant à la redescente qui nous attend, dans la nuit qui tombe, nous filons direct. L’air de la descente me fouette le visage, mais nous ne ralentissons pas puisque nous voulons redescendre un maximum pour avoir le moins froid possible… Puis nous passons dans un village, et voyant toutes ces petites maisons, je propose à Marine de mettre la tente près d’une habitation, en espérant que les gens soit sympathiques et nous proposent du bois, du thé pour passer la soirée. On ne se trompe pas… Après 5 min de conversation, ils nous proposent de dormir à l’intérieur, nous offrent le repas, la boisson. C’est samedi soir, on se fait maquiller , habiller pour sortir boire un verre avec ce très gentil couple Serbe. Oui, nous sommes au Kosovo mais de ce côté de la vallée, il n’y a que des villages serbes. Ainsi ils nous accueillent comme des princesses, alors que nous pensions passer une soirée « femmes des bois » et le lendemain à midi nous repartons avec des gâteaux, sandwichs, chocolat plein les sacoches.Incroyable accueil! Nous pédalons alors jusqu’à Biqec, en nous faisant payer le café par un kosovare lors de la traversée d’un village, et arrivons dans la famille Dullovi chez qui nous allons rester bien plus qu’une semaine…

La famille Dullovi

Osman est un ami à moi, vivant en France depuis 15 ans. Sa famille, c’est à dire ses parents et 4 de ses frères et leur famille vivent dans le village de Biceq, à 30 kms de la Macédoine. Nous sommes donc accueillies par une dizaine d’adultes, et autant d’enfants, dans la maison familiale qui se compose de 3 petites maisons individuelles. Les 3 plus grandes filles de 16 à 19 ans parlent un peu anglais… Et nous font la traduction. Le premier soir, nous nous astreignons à dessiner un arbre généalogique avec les prénoms de chacun, en espérant pouvoir tous les retenir… Imaginez 20 prénoms Albanais à retenir!

Les premiers jours nous nous disons : « c’est tous les jours Noël ici ». Ils vivent constamment à 15 personnes; les enfants jouent et crient sans que ça ne dérange personnes ; les adultes parlent forts ; tout le monde se serre les uns contre les autres pour que chacun ait une place sur le canapé ; certains s’asseoient à même le tapis; les séances thé turque sont des rituels après chaque repas et dès que je finis ma tasse, une femme se précipite pour me la ré-remplir ; les biscuits apéros sont servis après le repas, et les cafés juste avant ; le soda remplace l’eau ; il y a des cousins, voisins, cousines, qui franchissent la porte comme si ils étaient chez eux et alors la séance thé reprend ; tout le monde fume dans la maison,même le papi et la mami ; au repas on sort de table avant même que les autres aient fini pour laisser la place à d’autres ; je mange avec les doigts et j’adore…

Vous l’aurez compris, c’est un méli-mélo d’habitudes et de pratiques, qui nous surprennent, nous ébranlent, et nous couchent bien avant tout le monde le soir! Interculturalité en live… En fait le Kosovo est un mix entre Orient et Occident. Il nous faut bien 5 jours pour nous habituer à l’ambiance et la vie en communauté , commencer à baragouiner quelques mots en albanais (Falheminderit = merci / zdu = non merci j’en veux plus), refuser des thés ou gâteaux parce que j’ai déjà pris 5 kilos, et réussir à prendre sa place à la vaisselle.

Et à partir de là, je n’aurais plus envie de quitter ce petit monde…
Les enfants sont vivants, charmants, bruyants, et gentils! Il y a un bébé Avec lequel je babille. Les adultes font très attention à nous, à ce qu’on ne manque de rien… Et puis on joue aux cartes, on rigole, on essaie de se comprendre, on s’attache. Les ados sont rigolotes et nous amènent dans les cafés, on parlent garçons avec elles, elles sont gênées… On apprend l’alphabet avec les enfants, et on échange des regards complices avec les adultes. On ne se comprend pas toujours mais la vie est simple et agréable. J’apprend à me détendre, et à être juste là, tous ensemble.

Des rencontres spontanées, authentiques, questionnantes

Aussi nous rencontrons beaucoup de Kosovars de nos âges, et autant vous dire que ces rencontres vont me toucher et me questionner …
Nous rencontrons d’abord Ledian, par hasard, jeune homme très avenant, parlant anglais et déjà fiancé (et ça compte beaucoup pour nous!). Ainsi pendant 2h, autour d’un café, nous échangeons sur nos vies et nos pays. Première claque! Ledian a 23 ans, il a fait des études d’économie et de marketing, il doit sûrement faire partie de la classe moyenne-haute du Kosovo. Il est fiancé à une Albanaise-australienne, et lorsqu’il aura fait son visa, il ira vivre en Australie. Que pense-t-il de son pays ? Il aime son pays, il aime sa famille mais « ici il n’y rien à faire, il n’y a pas de travail, il n’y a pas d’avenir pour les jeunes ». Il nous dit qu’il y a deux sortes de jeunes : ceux qui se rendent compte qu’ils sont bloqués ici, sans avenir, et qui veulent partir; et ceux qui se contentent de ce qu’ils ont et se font bouffer par la société de consommation en achetant le dernier iPhone leur coûtant 4 mois de salaire. Il nous apprend aussi que le Kosovo se modernise en terme de tradition… Les familles commencent à avoir des logements individuels, les jeunes vont à l’université loin de leurs parents pour expérimenter les histoires d’amour… Par contre pas de sexe avant le mariage! Lui, personnellement, n’a pas d’emploi, donc il aide son père au magasin. Quand on lui demande le programme de ces journées, il répond : je donne un coup de main à mon père, puis je rentre, je regarde des films et je joue au jeu en réseaux sur internet, qui consiste à créer une ferme et à l’entretenir. Sur ce site, il a statut particulier puisqu’il manage toute une équipe de joueur en réseaux. A la fin il conclut par « j’ai honte de vous raconter ca! ». J’ai envie de lui répondre : ne t’en veux pas, si on ne te donne pas la possibilité de te réaliser dans la réalité alors tu le fais virtuellement, ça donne du sens à ta vie. Il a aussi peur de partir en Australie, il ne sait pas si il va réussir à s’intégrer et sa famille va lui manquer, il ne les verra plus. Alors l’émigration est-ce vraiment un choix pour ces personnes? Je n’ai pas l’impression, ce choix me paraît plus subi que réellement souhaité. Ledian nous a conquit, de par sa gentillesse, sa curiosité vis à vis de nous et de la France, de son intelligence, et de son honnêteté quant à sa situation. Il a les mêmes rêves que nous, et la seule différence est que nous pouvons les réaliser, et pas lui! Étrange injustice…
Le jour d’après nous rencontrons d’autres jeunes qui font le même constat : une jeunesse sans avenir, tourné vers l’Occident mais dont l’UE ne veut pas. Le Kosovo, tout petit pays d’Europe de l’est et le plus pauvre, est bloqué par l’UE en terme de mobilité. Les Kosovards ne peuvent visiter que les pays voisins : Serbie, Monténégro, Albanie, Macédoine, Turquie. Et pourtant ils rêvent tous de visiter l’Europe mais l’obtention du visa est presque impossible pour eux. Ils nous posent alors la question : pourquoi vous pouvez, et nous nous ne pouvons pas?
Un autre jour, au bord de la route, un homme d’une trentaine d’années vient nous parler en Français, nous allons boire un café . Il nous raconte qu’il a vécu en France 8 ans, mais que sa situation de sans papiers était trop dure, il a fini par rentrer. Quand je lui demande si il préfère vivre au Kosovo il me dit « non, c’est nul, y a rien à faire ici, je passe 15 h par jour,tous les jours, à vendre des cigarettes pour 10e/j ». Lui aussi, il m’a touché… Et bien sûr il a voulu payer !
Une autre fois, c’est un homme de quarante ans, père de 3 enfants qui nous dit dans un anglais approximatif qu’il a hâte que l’UE ouvre ses portes, qu’il veut juste visiter la France, l’Allemagne parce que les villes sont belles.
Tous, nous disent qu’ils aiment leurs pays, d’ailleurs ils se sont battus pour sa survie, il y a 20 ans, mais qu’il n’y a pas d’argent, pas de travail, pas de perspectives. Ce sont les oubliés de l’Europe.

Des idées plein la tête

Alors voilà, j’écris ces dernières lignes le dimanche 20 novembre, nous sommes toujours dans la famille. Nous devions y rester 1 semaine, cela fait déjà 2 semaines. Nous avons été assisté à des leçons à l’école, nous avons acheté un dictionnaire français Albanais, nous avons fait le tour de tous les cousins et voisins. Nous avons aussi rencontré une association locale à Pristina qui , à travers dû micro-crédit en animaux, aide les familles pauvres à monter un élevage pour nourrir leur famille et pour tenter de gagner un peu d’argent avec la vente de lait.

Nous avons aujourd’hui une grande envie de faire connaître ce pays et ses habitants et de les faire sortir de l’isolement dans lequel ils sont emmurés. Nous avons quelques idées derrière la tête et peut-être aurons nous besoin de vous dans les prochaines semaines… Suite au prochain épisode!

9 commentaires sur « Une autre Europe : de l’ Albanie au Kosovo »

  1. Marine : Comme d’habitude, génial et incroyable. bisous !
    Papa : J’espère que vous mourrez pas de froid. Nous ça gèle, il fait juste bon !

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  2. Merci pour ce partage d’expériences ! Ça fait plaisir de voir comment ça se passe pour vous, et de vivre ce dépaysement par procuration.
    Comme vous on est complètement accro du vélo et lorsqu’ on se pose on a vite les jambes qui fourmillent et l’envie d’avancer! Vous avez donné des petits noms à vos vélos?
    Hâte de lire vos prochaines aventures…

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  3. Le matin, quand on se lève, on a deux choix : se recoucher pour poursuivre ses rêves ou se lever pour les réaliser. Vous avez fait le 2ème choix, bravo !!

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  4. Quel beau voyage ! A chaque lecture, vous me rappelez mes années d’ado. Votre parcours je l’ai déjà effectué avec mes parents il y a 30 ans. Les pays ne portaient pas le même nom mais les paysages sont identiques. Un peu de Tito par ici, quelques cratères de bombes par là. Au Kosovo, l’histoire s’est figée. Les charrettes étaient déjà présentes, la mendicité des plus jeunes, … J’ai hâte de vous voir passer la frontière grecque pour découvrir ce pays par procuration. En tout cas je vous souhaite encore plein de découvertes et de bains de culture. Bon vent.

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  5. Toujours aussi intéressant de suivre votre périple et vos rencontres chaleureuses. Merci de nous faire découvrir ce pays que nous ne connaissons pas. Bravo à toutes les deux!

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